Historique MonogrammeLinge ancien brodé et Créations - Antiquités
Aimer les monogrammes c'est avant tout comprendre leur histoire En Europe, au XIXème siècle (et jusqu'à la fin des années 50), savoir broder était gage de bonne éducation chez les jeunes filles. Les pauvres brodaient pour gagner quelques sous. Les bourgeoises et les aristocrates maniaient l'aiguille comme passe-temps. Une origine décorative mais surtout utilitaire Loin des conditions d'hygiène actuelle où l'on se change tous les jours, au XIXème siècle, se changer de vêtements de corps tous les 8 jours est considéré comme fréquent. Cela nécessite ainsi quantité de linge de maison pour tenir jusqu'à la prochaine grande lessive, en général deux fois par an, lorsque la météo devient plus clémente. Point de machine à laver, donc la grande lessive a lieu à la rivière ou au lavoir parmi les lavandières de métier et les bonnes des familles aisées. Le grande lessive du printemps porte bien son nom, puisque la saison est favorable : l'eau n'est plus gelée et le linge peut sécher facilement dehors plutôt qu'à la chaleur des cheminées qui servent à chauffer les petites maisonnées. Par ailleurs, aux autres saisons, nombre de femmes sont occupées aux autres travaux domestiques et agricoles. Il faut ainsi pouvoir reconnaître aisément le linge de chacune au moment de ces grandes lessives. Voici donc l'apparition du linge dit "marqué", brodé aux initiales de la fiancée, ou des deux futurs époux si les fiançailles sont longues. Par ailleurs, les chiffres servent à apparier et à numéroter les draps. Chaque paire est composée de son drap de dessous et de son drap de dessus. Les draps du trousseau sont assemblés deux par deux. Les numéroter permet de les faire tourner. On gère ainsi l'usure mais on comptabilise aussi le linge, qui coûte très cher. Un savoir-faire qui s'apprend dès l'enfance La jeune fille commence avec les marquoirs. Toute jeune femme de bonne éducation doit savoir broder à la perfection. Elle commence son apprentissage à l'école avec les "marquoirs", morceaux d'étoffe sur lesquels elle brode au "point de marque" (l'ancien nom de l'actuel "point compté") les lettres de l’alphabet et les chiffres. Elle y marque également son nom, prénom et année de réalisation. Un bon exercice d'écriture, de calcul, et d'apprentissage de son rôle de maîtresse de maison. Il servira de référence, lorsqu'une fois mariée, elle souhaitera agrandir ou renouveler son trousseau. La réalisation du trousseau était également un acte symbolique. En déposant des lettres de couleur "rouge sang" sur le tissu, l'écolière alors âgée d'une douzaine d'années, inaugurait le passage dans sa vie de femme. En outre, la marque est toujours réalisée en rouge car cette couleur résiste bien aux nombreux lavages. Puis vient le temps de préparer son trousseau. Le trousseau est réalisé avec l'aide de la mère. Cela prend du temps, une dizaine d'années environ, après la communion de la fillette ou après avoir quitté l'école. Sa composition est très précise. Linge de maison : Linge de corps : Un code bien établi Chiffrer ou marquer le linge consiste donc à y broder ses initiales. Le linge de corps se marque, pour l'homme, aux initiales de son prénom et de son nom, et pour la femme, aux initiales de son prénom et du nom de son mari. Lorsque ces initiales sont petites, on parle de "marques". Lorsqu'elles sont grandes et décoratives, on parle de "chiffres". Le marquage du linge répond à un code plutôt rigoureux et normalisé. Les initiales se placent d'une certaine façon et doivent avoir une certaine taille selon la pièce à broder. Il est de bon ton (selon les règles édictées par la bourgeoisie de l'époque) de broder les mouchoirs avec des lettres de 12 mm de hauteur. Pour le linge de corps, on admet 16 mm. Sur le linge de maison, 23 mm semblent convenables, mais oreillers, draps et nappes peuvent être ornés de lettres mesurant de 43 à 90 mm de hauteur. L'évolution des lettres brodées suit aussi l'évolution de la typographie Si le marquage est purement utilitaire, la broderie quant à elle est un raffinement ornemental. Elle est souvent réalisée "blanc sur blanc" pour la lingerie. Elle témoigne d'une condition sociale aisée. On montre ainsi que l'on a fortune et loisirs permettant d'occuper son temps à embellir le linge. Au XIXème siècle, on marque le linge avec des lettres romaines et gothiques. Puis jugeant ces caractères trop limités, les brodeuses en inventent d'autres, plus ornés, plus imposants, réalisés à partir de planches de modèles. Les monogrammes composés des initiales enlacées des futurs époux s'enrichissent de modèles de lettres d'alphabets en écriture gothique, anglaise, romaine, ou bien fantaisie (caractères "chinois", bambou, Art Nouveau). On peut arriver ainsi à dater le linge en fonction du type de lettres utilisées selon les modes de l'époque et des arrivées de nouvelles typographies marquant le développement de la presse dans la vie quotidienne (exemple avec les lettres à l'égyptienne qui se terminent avec un empâtement triangulaire pour faciliter la lecture). Faisons revivre ce patrimoine ! Les monogrammes font partie des richesses de notre patrimoine. Une façon originale de ne pas les oublier et de rendre hommage au travail de nos aïeules est d'utiliser le linge ancien dans notre quotidien, les grandes occasions, de le revisiter au travers de créations textiles qui les mettent en valeur. Sources et références sur le sujet "Sajou, passion des alphabets anciens" Véronique Maillard - Editions Mango Pratique - Avril 2004 "Autour du fil, l'encyclopédie des arts textiles" Editions Fogtal - Paris 1988 "Marquette, marquoir.." Dominique Jacquemin - Chineur n°39 - Janvier 2001 "Comment vivaient nos ancêtres : De leurs coutumes à leurs habitudes" Jean-Louis Beaucarnot - Editions Lattès - Novembre 2006 Linge ancien brodé et Créations - Antiquités
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